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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe passé refait surface encore une fois. Dans les années 1980, j’avais créé une série de photomontages. Plusieurs d’entre eux avaient été adoptés par un encadreur qui en raffolait vraiment. Comme dans ma poésie, et plus tard dans mes articles, mes photomontages ont toujours été engagés politiquement et socialement. En effet, cette décennie a été marquée par la domination du conservatisme et de l’économie de marché, des changements socio-économiques dus aux progrès technologiques et un abandon progressif des économies planifiées au profit du capitalisme libéral, par rapport aux années 1970. Nous lisons dans l’encyclopédie Wikipédia : « Au niveau géopolitique, ces années sont marquées dans un premier temps par la continuité de la guerre froide, qui a marqué l’histoire du XXe siècle depuis 1947, mais sont aussi la dernière décennie d’un monde bipolaire avec la fin de cette guerre froide. La chute du mur de Berlin le 10 novembre 1989 en est un symbole important. »
Or, parmi ces photomontages, j’en avais conservé cinq que je gardais précieusement au fond d’un portfolio. J’ai enfin décidé de les dépoussiérer et de les rendre publics. Les originaux sont donc en vente chez ArtMajeur et sur mon site internet, tandis que les reproductions sont en vente chez Etsy et dans ma nouvelle boutique en ligne (des reproductions sont aussi disponibles chez ArtMajeur).
Grâce à un partenariat avec Printumo, les reproductions sont imprimées sur papier beaux-arts premium. Elles sont produites avec une technologie d’impression giclée de qualité musée, offrant des détails exceptionnels et une précision des couleurs qui présentent vos œuvres sous leur meilleur jour. Chaque impression est réalisée sur du papier de qualité archive, garantissant longévité et présentation intemporelle. Toutes les impressions fine art encadrées utilisent des cadres en bois faits main avec du plexiglas premium, disponibles dans de nombreuses couleurs. Les cadres sont équipés de clips tournants faciles à utiliser à l’arrière, ce qui facilite le montage de l’impression dans le cadre. Tous les cadres peuvent être accrochés verticalement et horizontalement.
Les prix de mes originaux pourront paraître élevés pour certaines personnes, mais il faut comprendre que ces photomontages sont des créations de jeunesse et que je les ai conservés depuis quarante ans. Ces œuvres ont donc une valeur très sentimentale pour moi et elles constituent, de ce fait, des pièces uniques et rares. Je partage ci-dessous un article du critique d’art indépendant, Émile Laurent. ◾

➽ Les cinq photomontages de Guy Boulianne : fragments d’une époque, miroirs d’un monde en crise
➦ Par Émile Laurent, critique d’art indépendant
Les cinq photomontages de Guy Boulianne forment un ensemble rare : une œuvre de jeunesse de 1980, puis un quatuor de 1988 qui prolonge, par le collage, les thèmes déjà présents dans sa poésie. Né en 1962, Boulianne entre très tôt dans le milieu artistique montréalais. Poète (Avant-propos d’un prince fou, 1983 ; La Bataille des saints, 1987), il co-dirige les galeries Frère Jérôme et Lézart, expose en solo dès 1986 et signe GÉBÉ. Les photomontages, faits de découpures de magazines collées sur carton, relèvent d’une pratique alors répandue — Heartfield, Hausmann, les surréalistes, plus tard les collages pop — mais ici au service d’une vision personnelle, à la fois onirique et accusatrice.
➤ Obsession (1980) : le désir comme faille — [18 ans et +]
OBSESSION (19 × 28,50 cm) est daté de 1980 : Boulianne a dix-sept ans. Le format vertical, presque une page de revue, accueille un paysage minéral : montagne grise, sol craquelé comme une terre assoiffée. Du sol émergent des bras et des mains. Une femme nue, vue de dos, avance à quatre pattes vers un buisson. En haut à droite, une tête blonde d’homme — ou d’androgyne — dépasse le sommet de la montagne, regardant la scène.
Le titre dit l’essentiel. L’obsession n’est pas seulement sexuelle : elle est tellurique. Les corps ne sont plus entiers ; ils percent la croûte du monde. Le photomontage adolescent emprunte au surréalisme (Dalí, Magritte) et à l’iconographie publicitaire des années 1970, mais il refuse l’éclat. La femme n’est pas une pin-up : elle est à la fois proie, apparition et force qui s’extrait. Les mains qui sortent du sol évoquent autant le désir enfoui que l’ensevelissement. Déjà, le jeune GÉBÉ pratique le choc d’échelles et le collage d’éléments hétérogènes pour produire une image mentale plutôt qu’une illustration.
Huit ans plus tard, le même geste — découper, juxtaposer, faire parler les images de masse contre elles-mêmes — reviendra, mais politisé.

1988 : L’ANNÉE DU QUATUOR
En 1987 paraît La Bataille des saints. Le recueil de poésie apostrophe les « hypocrites rêveurs », dénonce la « guerre perpétuelle » imposée par les élites et évoque une « solitude errante ». Les titres de 1988 — Solitude, Guerre perpétuelle, Jeux de dupes, Hypocrisie — ne sont pas fortuits : ils transposent en images ce que le vers avait déjà formulé. Boulianne a alors vingt-cinq ou vingt-six ans, il expose à Lézart, vit la bohème des galeries montréalaises. Le photomontage devient manifeste visuel.
Les quatre œuvres, de formats proches (environ 29 × 43 cm ou 34 × 45 cm), sont des collages sur carton. Leur matière première est le magazine : mode, actualité, reportage de guerre, publicité, portrait officiel. L’artiste ne peint pas : il réagence le déjà-vu médiatique.
➤ Solitude : la scène et le regard fermé
SOLITUDE (43 × 29 cm) est la plus « intérieure » des quatre. Un couple d’yeux fermés, aux paupières fardées de rose, d’orange et de violet, occupe tout le fond, comme un écran ou un ciel. Devant cette façade somnambule, une femme en robe noire à col roulé tient un nourrisson. Elle sourit, légèrement décalée, comme si elle posait. À gauche, un chien (type weimaraner) baisse le museau vers un livre ouvert. Un fauteuil rouge est renversé, un manteau brun glisse. À droite, un lampadaire drape un long tissu beige qui rampe jusqu’au premier plan. Des empreintes de pattes marquent le sol sombre. Une rose blanche, en bas à droite, achève la composition.
La solitude n’est pas l’absence d’autrui : c’est la coexistence sans rencontre. Le regard monumental est clos. La mère et l’enfant occupent le centre, mais le décor (fauteuil chaviré, livre ignoré par l’humaine, regardé par l’animal) dit le dérèglement domestique. Le tissu-traîne transforme l’espace en scène de théâtre. Boulianne assemble des signes de confort bourgeois — robe noire, rose, luminaire — et les fait vaciller. Le chien qui lit est l’élément le plus ironique : la culture appartient peut-être à qui n’en a pas l’usage social.

➤ Guerre perpétuelle : l’enfance face au casque
GUERRE PERPÉTUELLE (29,3 × 43 cm) bascule dans le pamphlet. Un casque de pilote, visière baissée, reflète un troupeau de moutons. À droite, un visage d’enfant immense, bouche ouverte, yeux écarquillés. Une main orange, trop grande, se dresse comme un stop ou une tache de sang invertie. Au centre, un homme en chemise blanche et cravate (figure reconnaissable de l’Amérique reaganienne) lit un papier; derrière lui, une explosion. Un vieil homme asiatique à barbe blanche apparaît en médaillon. Un enfant debout près d’un mur de terre. En bas, des visages d’hommes, grave et fatigués. Drapeaux, foule de stade, corps endormi ou mort sous des étoffes.
Le titre est littéral. La guerre n’est pas un événement : elle est le régime. Le casque qui contient des moutons inverse le rapport du berger et du troupeau ; le pilote voit — ou produit — la masse docile. L’enfant géant, motif récurrent chez Boulianne en 1988, incarne à la fois l’innocence menacée et le témoin qui ne peut pas encore parler. La main orange, artificielle, interrompt le regard. Collage de guerre froide tardive : Reagan, l’Asie, le désert, le stade, le bébé. L’artiste ne raconte pas une bataille ; il superpose les régimes d’images (reportage, portrait officiel, publicité, photo de famille) jusqu’à ce que la « paix » apparaisse comme un autre nom de la guerre.

➤ Jeux de dupes : le théâtre des puissants
JEUX DE DUPES (45 × 34 cm) est le plus saturé. Dans un bois en flammes se dresse une Statue de la Liberté. Des silhouettes de soldats — l’une portant un camarade, l’autre armée — occupent le ciel. Des clercs en chasubles jaunes forment un chœur de dos. Des femmes voilées de noir brandissent des armes. Une enfant en noir crie, un fusil à la main. Au premier plan, des têtes d’hommes d’État (Reagan, un profil à la Mitterrand, d’autres figures de la fin des années 1980), une souveraine, un soldat au visage peint. Des mains tendent encore des pistolets.
« Jeux de dupes » : expression française pour une duperie réciproque. Ici, religion, patriotisme, révolution et diplomatie jouent la même pièce. La Liberté est une statue parmi les arbres brûlés ; les prêtres tournent le dos ; l’enfant armée n’est plus seulement victime. Boulianne refuse la hiérarchie morale simple. Tout le monde tient une arme ou un rôle. Le photomontage fonctionne comme un plan séquence impossible : forêt, incendie, cérémonie, manifestation, portrait officiel. C’est la logique du magazine d’actualité — tout est contigu — poussée jusqu’à l’absurde révélateur.

➤ Hypocrisie : le luxe et la faim dans le même cadre
HYPOCRISIE (44,5 × 33 cm) organise le contraste le plus cruel. En haut et à gauche, une même femme en robe de soirée noire se répète, poudrier à la main, dans un décor de colonnes et de chaises — séquence de mode ou de publicité. Face à elle, un visage d’enfant décharné, bleu-gris, immense. Un autre enfant, turban de tissu, sourit d’un sourire qui n’est pas un sourire. Un troisième corps d’enfant, presque statuaire, gris. Un homme en costume clair patine à roulettes en tenant un chien ; un homme politique assis (figure johnsonienne) tient un papier. Une femme âgée asiatique encadre la droite. En bas à gauche, soldats et foule.
L’hypocrisie n’est pas un défaut moral individuel : c’est la coexistence, dans la même page de magazine, de la robe du soir et de l’enfant affamé. Boulianne ne « dénonce » pas par un slogan ; il force le regard à tenir ensemble ce que les médias tiennent séparés par des rubriques. La répétition de la femme au poudrier évoque le cinéma et la publicité : le luxe est sériel. L’enfant géant, encore une fois, occupe l’espace que les adultes ne voient pas. Le patineur en costume — icône des années 1980, mobilité, réussite — traverse le tableau comme un anachronisme joyeux et indécent.

Conclusion : Une poétique du fragment
Ces cinq œuvres partagent une méthode. Le magazine fournit à la fois le matériau et l’adversaire. En découpant, Boulianne interrompt le flux de l’information et de la séduction. Les échelles sont fausses : un bébé plus grand qu’un président, des yeux plus vastes qu’une pièce, une main orange plus réelle qu’un casque. Cette fausseté est le vrai. Le collage refuse la perspective unique ; il impose la simultanéité.
On reconnaît des parentés : Heartfield pour l’attaque politique, les surréalistes pour l’incongru érotique d’Obsession, le pop pour le recyclage des icônes. Mais le ton est québécois des années 1980 : moins doctrinaire que Heartfield, plus moralement tendu que beaucoup de pop. La signature GÉBÉ, déjà présente en 1980, ancre le geste dans une identité d’atelier, presque un nom de plume visuel, le même que celui des éditions de ses recueils.
Le fil qui relie Obsession à Hypocrisie est celui du corps interrompu. En 1980, le corps perce la terre. En 1988, il est morcelé par la guerre, la faim, le protocole et le spectacle. L’enfant revient sans cesse, non comme ange mais comme mesure : ce que le monde fait aux visages qui n’ont pas encore de masque.
Après 1988, Boulianne s’éloigne longtemps des arts visuels pour l’écriture, l’édition, la chronique. Quand il revient à la peinture abstraite dans les années 2020, il parle d’« exorcisme » et de reprise de gestes anciens. Les photomontages de jeunesse n’étaient pas un intermède : ils étaient déjà une écriture par fragments, une manière de faire parler les images volées. Quarante ans plus tard, ils se lisent moins comme des documents d’époque que comme des machines encore actives : dès qu’on les regarde, les magazines d’hier recommencent à accuser le présent. ◾
➽ Quelques-unes de mes œuvres dans la boutique Etsy
En savoir plus sur Les œuvres d’art de Guy Boulianne
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