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Je viens de sortir une réédition de mon second recueil de poésie, La bataille des saints, avec la couverture d’origine illustrée par Pierre Corbin

2 weeks ago 83

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Je suis très heureux de vous annoncer que je viens tout juste de sortir une réédition de mon second recueil de poésie, “La bataille des saints”, qui fut publié à l’origine en 1987. Il s’agissait de mon deuxième recueil, après “Avant-propos d’un prince fou” publié quatre ans auparavant. L’impression à la demande (POD) n’existant pas à cette époque, l’ouvrage avait été tiré à 700 exemplaires qui s’étaient tous bien vendus. En 2018, j’avais mis sur le marché une réédition dont la couverture avait été complètement modifiée (voir ci-contre). Or, j’ai maintenant décidé de revenir aux sources en rétablissant la couverture blanche originale. Ce recueil de poésie, ainsi que sa couverture, sont illustrés par mon ancien collègue, l’artiste-peintre Pierre Corbin aujourd’hui décédé. La présentation est écrite par l’artiste Raymonde Lacasse.

Le lancement de mon recueil de poésie, “La bataille des saints”, eut lieu au bar Saint-Sulpice, rue St-Denis à Montréal. Plusieurs artistes étaient présents dont Pierre Corbin, Thérèse Dulude, Eric Narboni, Daniel T. Tremblay et Armand Vaillancourt. Ce recueil se voulait assez engagé au niveau politique et social. Il fut publié peu de temps après que j’aie aidé le sculpteur Vaillancourt sur l’une de ses œuvres, « Drapeau blanc », sur le Campus de l’Université Laval à Québec. Afin de me remercier de mon très modeste coup de pouce à cette sculpture, Armand m’offrit de payer la composition typographique de mon livre. Voici la présentation de Raymonde Lacasse tel qu’elle fut rédigée il y a 40 ans :

En lisant « la Bataille des saints » de Guy Boulianne, le lecteur y découvre l’oeuvre d’un jeune poète. La jeunesse y laisse sa trace. C’est vrai que la poésie n’attend pas ; Rimbaud, Nelligan n’ont-ils pas écrit leurs oeuvres avant qu’ils eurent vingt ans.

Le poète lance son cri vibrant, il se cogne au mur de la dure réalité de la vie. La vie, la mort, l’amour, la solitude, le rejet sont les thèmes de ce recueil : « A savoir si je mourrai avant même de frôler ma destinée », écrit-il.

Le drame de toute cette jeunesse d’aujourd’hui est ici noir sur blanc.

Seul, il ose crier son mal de vivre et espère se faire entendre au-dessus du tintamare universel. Ce qu’il faut être jeune pour espérer qu’un poème puisse changer les règles de notre société. Voilà une réflexion dû à mon vieil âge.

Le poète croit à la magie du verbe, ne lui coupons pas les ailes. Il faut l’écouter, c’est la chance que je vous souhaite.

RAYMONDE LACASSE
Artiste-peintre

Le poète marocian, Noureddine Mhakkak, écrivait de mon recueil : « En lisant les poèmes de Guy Boulianne on se sentit près de ses visions poétiques. Son style poétique, et le style c’est l’homme, est bien rythmé, ses phrases et ses mots sont bien choisis. Il a réussi à créer un monde plein d’images brillantes. Des images qui nous poussent en tant que lecteurs de prendre nos valises et de partir avec lui, par l’imaginaire, pour découvrir les secrets des passions d’un poète qui aime la vie, un philosophe artiste qui essaie de peindre des tableaux réels et surréels en même temps. Des tableaux merveilleux, pleins de jolies femmes et de beaux rêves, malgré la tristesse, puisque le poète est toujours triste, selon sa propre expression. »

MAINTENANT DISPONIBLE !

ISBN : 978-1-926723-09-9
Format : 76 pages, 6 x 9 po., broché,
papier intérieur crème #60, encre intérieur noir et blanc,
couverture extérieure #100 en quatre couleurs

video


➽ La réédition de « La Bataille des saints » de Guy Boulianne : un cri de jeunesse qui ne s’est pas tu

➦ Par Fabien Lacroix, chroniqueur littéraire

Guy Boulianne lors du lancement de son deuxième recueil de poésie, “La bataille des saints”, au bar Saint-Sulpice à Montréal, en 1987.

En 1987, un jeune poète québécois de vingt-quatre ans publiait son deuxième recueil, La Bataille des saints. Après Avant-propos d’un prince fou (1983), Guy Boulianne offrait un manifeste poétique brut, viscéral, où la mélancolie, la solitude et la révolte contre le monde adulte se livraient sans fard. Près de quarante ans plus tard, la réédition de ce livre – toujours illustré par Pierre Corbin (1950-2015) et accompagné de la présentation lumineuse de Raymonde Lacasse – constitue un événement littéraire discret mais essentiel. Elle permet de redécouvrir une voix qui n’a rien perdu de sa force ni de son urgence. Loin d’être une simple réimpression nostalgique, cette nouvelle édition rend justice à un texte qui, par sa sincérité féroce, dialogue encore aujourd’hui avec les tourments d’une jeunesse confrontée à l’absurde.

Le titre même, La Bataille des saints, sonne comme un paradoxe ironique. Quels saints ? Ceux de l’Église ou ceux, profanes et blessés, qui portent encore un reste de pureté dans un monde corrompu ? Boulianne ne tranche pas. Il laisse le combat se dérouler à l’intérieur du poète lui-même, entre l’aspiration à la lumière et la pesanteur d’une existence où « l’amour qui veut s’échapper / Des mains du poète, / S’envole dans son paradis / Laissant derrière elle / Un corps perdu ». Le recueil est un champ de bataille intime où se heurtent désir, mort, solitude et rage sociale.

Dès la « Préface aux dirigeants », le ton est donné. Le poète apostrophe les puissants avec une ironie mordante : « Hypocrites rêveurs qui, d’un repos sordide, / Amassez plus d’argent dans vos nombreux tiroirs ». Il dénonce la guerre perpétuelle que les élites imposent aux peuples, la lâcheté des « honorables présidents » qui ferment le livre plutôt que de l’ouvrir. Ce texte liminaire, écrit en vers réguliers mais chargés d’une colère contenue, annonce le projet du recueil : l’art comme arme contre l’hypocrisie. La dédicace « Aux Mères / Du monde entier… » tempère aussitôt cette fureur par une tendresse presque filiale. La femme y est présentée comme créatrice première, opposée à l’homme-mensonge. Boulianne, sans jamais verser dans le militantisme, inscrit son œuvre dans une lignée humaniste où la pitié maternelle devient le seul rempart contre la barbarie masculine.

Le cœur du livre bat dans une série de poèmes d’une intensité presque insoutenable. Le poète mélancolique en est le manifeste esthétique. Seul dans sa chambre, le narrateur contemple un plafond « Blanc comme mes rêves » tandis qu’une fête foraine tourne dans sa tête comme un manège infernal. Un cheval blanc ailé, monté par « l’amour transparent », s’envole ; le poète court derrière, vaincu d’avance. L’image est d’une beauté cruelle : l’amour est à la fois désiré et impossible, paradis inaccessible. Le poème se termine sur une solitude abyssale : « Entre la gloire / Et la pitié, / Le poète est toujours seul / Dans l’abîme de ses remords. »

Solitude errante pousse plus loin le contraste. Tandis que le village entier fête dans la neige et les lumières chatoyantes, le poète « se meurs / Dans mon château de pierre ». Les enfants joyeux, les sapins décorés, les sourires glacés deviennent autant de miroirs accusateurs. L’isolement n’est pas choisi ; il est subi, comme une maladie incurable. Le château de pierre n’est pas une tour d’ivoire romantique : c’est une prison mentale dont les murs sont faits de pensées obsédantes.

Dans Huis clos, le repli sur soi atteint son paroxysme. Le poète, enfermé, ne voit plus le ciel ni le soleil. Le sang coule sur la terre des aïeux sans qu’il puisse intervenir. Il hésite entre « SECOND SOUFFLE DE VIE » et « SEULE MORT QUI PEUT M’ATTEINDRE ». L’auto-analyse est clinique, presque clinique : centaure et lion, il est à la fois bourreau et victime, flèche qui retombe toujours sur son propre jardin. Le poème culmine sur l’image glaçante des aiguilles d’une montre brisée « dans la furie de ma colère » – temps arrêté, vie suspendue.

Guy Boulianne et le sculpteur Armand Vaillancourt au bar Saint-Sulpice à Montréal, en 1987.

Le recueil ne se limite pas à l’introspection. Bleu blanc… rouge révèle une dimension géographique et culturelle. L’âme du poète est peuplée d’araignées et de scorpions ; Paris, « des Baudelaire / Verlaine Rimbaud », l’appelle comme un mirage salvateur. Pourtant, la mort rôde : « À savoir si je mourrai / Avant même de frôler ma destinée ». Le drapeau français devient symbole d’un ailleurs poétique où l’on pourrait enfin « dormir / Au creux de cette fosse / Creusée pour moi / Au nom d’une poésie ». Le Québec des années 80, marqué par la fin du rêve nationaliste et la montée du néolibéralisme, trouve ici son écho dans une quête d’ailleurs qui reste tragiquement inassouvie.

Plusieurs textes flirtent ouvertement avec la pulsion de mort. J’aimerais est sans doute le plus radical : le poète rêve que sa peau s’assèche, que ses veines éclatent, que ses yeux tombent de leur orbite, pour enfin reposer « Sur un coussin blanc / Dans la terre qui me paraît / Si accueillante ». La mort y est désirée comme un sommeil doux, presque érotique. On pense à Nelligan, bien sûr, mais aussi à un Rimbaud qui n’aurait pas fui vers l’Abyssinie et serait resté prisonnier de son propre verbe.

Le ton varie cependant. Le clown réduit le poète à ce qu’il incarne malgré lui : « J’incarne / Ce qui m’a toujours effrayé / J’incarne / L’homme ». L’humour noir affleure. Harem transforme la vie en « vie d’eau, vie de cristal, / Fragile comme la faiblesse » peuplée de démons rieurs. La frénésie finale du recueil – avec ses « soupçons cachés / Dans l’or liquide » et sa « Justice couverte d’hypocrisie » – referme le cercle : le poète, vautour et rapace, continue sa marche malgré tout.

Le style de Boulianne est celui d’une jeunesse qui refuse les conventions. Vers libres, parfois heurtés, images crues (« Mon âme est peuplée d’araignées / Pueuses et visqueuses »), répétitions obsédantes qui miment l’angoisse. L’influence des grands maudits français et québécois est évidente, mais jamais servile. Le poète ne pastiche pas ; il hurle dans la même langue. La simplicité apparente des vocables cache une musicalité intérieure puissante : assonances, allitérations, ruptures rythmiques qui font du recueil une partition tourmentée.

Les illustrations de Pierre Corbin jouent un rôle capital. L’artiste, disparu en 2015, a su traduire visuellement cette tension intérieure. Les taches noires abstraites de la couverture, évoquant à la fois une explosion et une silhouette crucifiée, préfigurent le chaos ordonné des poèmes. Dans l’édition originale comme dans la réédition, ces images ne sont pas de simples ornements : elles sont le prolongement plastique du texte, un « second souffle » visuel qui accompagne le lecteur dans l’abîme.

La présentation de Raymonde Lacasse, reproduite en quatrième de couverture, est un modèle de générosité critique. Elle souligne l’audace d’un jeune homme qui « ose crier son mal de vivre » et rappelle que « la poésie n’attend pas ». Lacasse, avec sa sensibilité de lectrice expérimentée, voit dans ce recueil le drame de toute une jeunesse : « noir sur blanc ». Elle a raison. La Bataille des saints n’est pas seulement le livre d’un individu ; c’est le miroir d’une génération qui, au milieu des années 80, sentait déjà le sol se dérober sous ses pieds.

Pourquoi rééditer aujourd’hui ? Parce que les questions posées par Boulianne n’ont pas vieilli. La solitude numérique, la crise écologique, la montée des extrêmes, la difficulté de trouver l’amour dans un monde marchandisé : tout cela rend ces poèmes plus actuels que jamais. Le poète qui « se meurs / Dans mon château de pierre » pendant que la fête continue dehors préfigure l’internaute enfermé dans sa chambre face à un monde qui danse sur TikTok. La « bataille des saints » devient la bataille de tous ceux qui refusent encore de se résigner à l’insignifiance.

Guy Boulianne n’a pas cherché la gloire facile. Il a écrit avec le ventre, avec les tripes, avec cette urgence vitale qui distingue le vrai poète du versificateur. La Bataille des saints est un livre imparfait – comme l’est toute jeunesse – mais d’une authenticité rare. Il vibre, il saigne, il hurle. La réédition permet enfin à une nouvelle génération de l’entendre. Et peut-être, qui sait, de répondre à cet appel lancé il y a près de quarante ans : « L’art ne peut être emporté que par son seul instinct d’accomplir la vérité. »

Un article paru dans le magazine populaire “Le Lundi” en 1985 titrait : « Guy Boulianne, 20 ans. Les terribles angoisses d’un jeune poète »

Les poètes sont des êtres à part. Des êtres qu’on comprend difficilement et leur grande sensibilité les force bien souvent à se replier sous une épaisse carapace.

Comment devient-on poète ? Peut-on être poète à 20 ans et exprimer toute l’angoisse de l’être humain à travers les rimes et les proses qu’exige ce troublant métier ?

Guy Boulianne, ce jeune poète qui vit dans le rêve et l’imagination, en est la réponse vivante. Oui, à 20 ans, on peut être poète. A l’image de Rimbaud, de Nelligan, de Baudelaire, la muse ne choisit pas l’âge de ses amants pour se manifester …

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guyboulianne.info


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14 mai 2026

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